Perché au cœur des montagnes de Haute-Savoie, le Plateau des Glières garde la mémoire d’un épisode marquant de la Résistance. Refusant le travail obligatoire en Allemagne, de jeunes hommes ont choisi de se cacher puis de s’organiser pour lutter. Face à des forces bien supérieures, ils ont tenu autant qu’ils le pouvaient. Voici leur histoire.
Un plateau discret devenu symbole
Territoire rural, peu industrialisé et à l’écart des grandes villes, la Haute-Savoie semblait loin des enjeux majeurs. Mais rapidement, la situation change : les pénuries apparaissent, la pression se renforce et la mise en place du Service du travail obligatoire pousse de nombreux jeunes à fuir pour échapper au départ en Allemagne imposé par le régime nazi.
Dans ce contexte, le Plateau des Glières s’impose progressivement comme un lieu stratégique. Perdu au milieu des sapins et souvent recouvert de neige, il pourrait sembler anodin. Pourtant, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que la France est occupée par l’Allemagne nazie, il devient le théâtre d’un épisode marquant de la Résistance, porté en grande partie par des jeunes qui refusent de se soumettre.
Disparaître pour ne pas partir

Peu à peu, certains décident de rejoindre les maquis. Tous ne sont pas des combattants dans l’âme, certains s’engagent par conviction, d’autres parce qu’ils n’ont plus vraiment le choix. À ce stade, les groupes restent dispersés, mal équipés et encore peu structurés.
Le manque d’armes, un problème central
Malgré leur détermination, les résistants manquent de tout, et surtout d’armes. Beaucoup doivent encore se battre avec du matériel ancien ou récupéré, ce qui limite fortement leurs capacités.
Leur engagement finit toutefois par convaincre les Alliés. Depuis Londres, Charles de Gaulle obtient la mise en place de parachutages pour soutenir les maquis. Pour recevoir ces livraisons, il faut un lieu précis, facilement identifiable depuis les airs et suffisamment sécurisé. Les différents groupes de résistants présents en Haute-Savoie doivent donc se coordonner autour d’un point commun.
Le Plateau des Glières s’impose alors comme une évidence, sa position en altitude et son environnement enneigé permettent de le repérer facilement depuis les airs, même de nuit.
L’installation sur le plateau
Pour organiser l’ensemble, un chef s’impose, Tom Morel, ancien officier des chasseurs alpins. Il rassemble plusieurs groupes de résistants et monte sur le Plateau des Glières au cœur de l’hiver 1944.
Les conditions sont particulièrement difficiles. Le froid est intense, les vivres limités et les abris insuffisants. Beaucoup découvrent la montagne dans ces circonstances extrêmes. Les jours passent, puis les semaines. Une première livraison d’armes arrive, mais elle reste bien en deçà des attentes. Il faut attendre la suivante, ce qui contraint les résistants à rester sur place plus longtemps que prévu. Peu à peu, le plateau devient un véritable point de ralliement.
Les effectifs augmentent progressivement. Des hommes venus de différents maquis rejoignent les Glières, formant un groupe de plusieurs centaines de combattants aux profils très variés. On y trouve d’anciens soldats, des jeunes citadins sans expérience, des habitants de la région ou venus d’ailleurs, des résistants aux sensibilités politiques diverses, mais aussi des étrangers engagés contre le nazisme.
Autour d’eux, un réseau discret s’organise. Des habitants ravitaillent les maquisards, parfois en empruntant des chemins difficiles. Des messagères assurent les liaisons, souvent à vélo, transportant informations, argent ou matériel. Sans ce soutien, le plateau n’aurait pas pu tenir.
Le moment où tout bascule
Le secret finit par ne plus tenir. La présence du maquis est repérée et, à partir de là, le Plateau des Glières devient une cible.
La situation se tend encore lorsque Tom Morel est tué lors d’une opération contre des forces de l’ordre. Sa disparition fragilise l’organisation et pèse lourdement sur le moral des hommes. Peu après, les armes arrivent enfin en quantité, mais le timing ne joue plus en leur faveur. Les autorités allemandes décident alors d’intervenir directement. Une division spécialisée dans le combat en montagne est envoyée pour mettre fin au maquis.
L’attaque et la fuite
Fin mars 1944, l’assaut est lancé contre le Plateau des Glières. Les forces allemandes, appuyées par la Milice et l’aviation, attaquent le plateau. Dans un premier temps, les résistants parviennent à contenir certaines offensives, mais les bombardements détruisent peu à peu les installations et la pression devient trop forte. Les lignes finissent par céder.

Une défaite devenue symbole
Sur le plan militaire, la bataille du Plateau des Glières se solde par une défaite. Une grande partie des armes est perdue et l’organisation est fortement fragilisée. Pourtant, l’impact dépasse largement le cadre du terrain. L’histoire du plateau est relayée, notamment par la BBC, mettant en lumière le courage de ces jeunes résistants et leur engagement malgré des moyens limités.
Peu à peu, le regard évolue. Ce qui apparaissait comme une défaite devient un symbole. Les survivants reprennent le combat, les actions de sabotage se multiplient, les attaques se font plus fréquentes et la Résistance gagne en ampleur dans la région. Quelques mois plus tard, alors que les Alliés progressent en France, la Haute-Savoie se soulève à son tour.
Aujourd’hui encore, le plateau des Glières rappelle que la Résistance ne s’est pas jouée uniquement sur des stratégies militaires, mais aussi sur des choix individuels, souvent portés par des jeunes qui n’avaient plus d’autre option que de dire non.
En image : Quand 500 jeunes ont tenu une montagne contre les nazis






